Petit Traité des Origines de Noël

Connaissez-vous vraiment les origines de Noël et du Père Noël ?

Loin des clichés et des légendes urbaines, voici les diverses origines de Noël, du 25 décembre et de ses coutumes.

Tout d’abord la date du 25/12

Alors balayons de suite une idée reçue… le 25 décembre n’est pas la date de naissance du petit Jésus ! On n’a d’ailleurs aucune idée de la date et de l’année exactes de naissance du fils du Dieu des juifs.

Faisons donc un petit voyage dans le temps vers l’antiquité.

Le solstice d’hiver était à l’époque fêté le 21 décembre. Cette date marquait la plus longue nuit de l’année, celle où le jour allait enfin gagner sur la nuit, symbole du renouveau des saisons et de la fertilité. Cette date était très importante pour tous les peuples. On fêtait alors le solstice d’hiver chez les Hittites, dans le Jaïnisme, chez les peuples germaniques, chez les Slaves, et dans la Rome Antique. Chez ces derniers on fêtait les Saturnales. On offrait alors des cadeaux, on décorait les maisons. Rien encore à voir avec nos coutumes actuelles.

Les Saturnales

Vous allez me demander le rapport entre le 21 et le 25 décembre… C’est très simple, sous Jules César en – 46 avant JC, on réforme le calendrier romain, on décrète alors le solstice d’hiver le 25 décembre !

Le 1er janvier de l’an 708 de la fondation de Rome (l’an 45 av. J.-C.) entre en vigueur à Rome un nouveau calendrier conçu sous l’égide de Jules César par l’astronome Sosigène d’Alexandrie.
Ce calendrier a été employé sans modification pendant près de deux millénaires . C’est une version à peine modifiée en 1582 par le pape Grégoire XIII qui s’est aujourd’hui imposée sur toute la planète.

A cette époque, une religion venue de Perse s’étend dans l’Empire Romain. Le culte de Mithra qui vénère le fils du soleil. On célèbre alors Mithra le 25 décembre.

MITHRA ET Sol InvictUS

Petit à petit la religion romaine et le culte de Mithra fusionnent et en 274 après JC on célèbre désormais le Sol Invictus.

Dans le même temps, le culte du fils du Dieu juif s’étend à travers l’Empire. Sa fête est alors à Pâques, elle commémore sa résurrection. En 354 le Pape Libère décide que le 25 décembre sera officiellement la date de naissance de l’enfant Jésus de Nazareth.

La date de naissance exacte de Jésus n’est pas mentionnée dans les évangiles mais les historiens la fixent quelques années avant notre ère.

Cette date forme ainsi une passerelle entre le christianisme et les autres cultes païens. Ceci facilite la christianisation des peuples.

Dès 392 le Christianisme deviendra la seule religion pratiquée dans l’Empire romain. Le 25 décembre comme date de célébration de la naissance du Christ s’étend alors dans toute l’Europe. Natalis (natalité) devient Noël, Navidad, Natal…

A ce moment-là, Noël est une fête 100% religieuse, pas de cadeaux ou de décoration particulière. On se retrouve pour faire la fête, danser, chanter, boire et bien manger. Les enfants se déguisent et vont de maison en maison, on leur donne des fruits, friandises ou quelques pièces.

Cette date devient un symbole. C’est le 25 décembre que Clovis, Charlemagne ou Guillaume le Conquérant se font tour à tour baptiser puis couronner.

Couronnement de Charlemagne le 25 décembre 800

Voyons un peu l’évolution de cette fête de Noël et de ses coutumes à travers les siècles

Nous sommes au 4ème siècle après JC, le Christianisme est désormais la principale religion dans l’Empire Romain.

L’évêque Nicolas de Myre  (270 – 343) prêche alors la bonne parole en actuelle Anatolie. Il apporte nourriture et réconfort aux enfants et aux miséreux. Quelques siècles après sa mort, il est canonisé. On lui reconnait alors plusieurs miracles.

Au XIème siècle, le culte de Nicolas de Myre se répand depuis l’Italie en Occident. Ses reliques (ici une phalange) sont alors baguenaudées à travers l’Europe pour finir entre autres dans une petite ville au sud de Nancy qui fait alors partie du Saint Empire Romain Germanique. Depuis 2017 cette théorie est remise en doute (ce ne serait pas le corps de St Nicolas qu’on aurait déterré en Turquie) mais cela est une autre histoire !

Saint Nicolas

Selon la légende, le 6 décembre, date de la mort de Nicolas de Myre, le Saint se réveille pour offrir des cadeaux aux enfants sages. Son homologue le père fouettard est en charge de donner des coups de bâton aux vilains enfants. Cette légende urbaine s’étend alors depuis la Lorraine à tout le Saint Empire Romain Germanique (Flandres, Luxembourg, Alsace, Hollande…).

Au XVI siècle Martin Luther crée le protestantisme en contestation face aux dérives de l’Eglise catholique. Il rejette notamment le culte des Saints. De ce fait Saint Nicolas disparaît de la traditions des protestants. On invente alors de nouvelles fêtes, le Christ Kindel (fête religieuse), le SinterKlaas en Hollande (déplacée au 25/12) qui n’a rien de religieux.

L’engouement pour ces célébrations se généralise en Europe. Plusieurs figures emblématiques apparaissent alors selon les régions et les pays et sont fêtées en décembre et janvier. Les plus connus sont le Père Janvier, le Bonhomme Hiver (vieil homme barbu vêtu de bleu), Old Father Christmas habillé en vert, SinterKlaas qui perd sa tenue d’évêque (le plus connu à partir du XVII ème siècle).

Père Janvier

D’ailleurs en parlant du XVII ème siècle… Au milieu des années 1600, les hollandais partent pour les Amériques et créent New Amsterdam. Voyez-vous où je veux en venir ?

Très vite les anglais quittent leur île et débarquent en Amérique du Nord pour s’y installer et rebaptiser New Amsterdam, « New York ». Ils conservent la célébration laïque de SinterKlaas et la renomment Santa Claus.

La fête de Noël devient alors de plus en plus familiale et religieuse. Les premières crèches trouvent place au cœur des foyers et plus seulement dans les Eglises. On commence également à offrir des cadeaux aux enfants dans les familles bourgeoises. La classe ouvrière suit cette tendance à partir du XIX ème siècle.

Il nous reste un mystère à éclaircir… Le Père Noël ! Qui l’a inventé ?

La réponse se trouve dans la littérature du XIXème siècle.

Tout d’abord Washington IRVING, dans un article de 1809, crée le personnage de Santa Claus qui se déplace dans le ciel et passe par les cheminées pour offrir des cadeaux aux enfants de Nouvelle-Angleterre.

Deux autres artistes américains contribuent également à la création du personnage du Père Noël en l’habillant en rouge et lui octroyant un ventre dodu.

Ces contes sont alors repris en Europe et notamment en Norvège où on le dote des légendaires lutins. On domicilie alors le Père Noël au Pôle Nord. Chaque Pays Nordique s’octroie le lieu de résidence du célèbre vieux monsieur en rouge… Suède, Norvège, Danemark, Finlande… Mieux vaut ne pas prendre parti !

Les Finlandais décrètent finalement en 1927 que le Père Noël habite en Laponie. En effet il eut été impossible pour lui de nourrir ses rennes au Pôle Nord (c’est évident !).

le village de Rovaniemi sur le cercle polaire arctique en Finlande

C’est Clement Clarke Moore un écrivain américain qui, dans son poème « A visit from Saint Nicholas » publié en 1823, l’affuble d’une hotte, de cadeaux et d’un traineau tiré par huit rennes. Leurs noms ? Dasher, Dancer, Prancer, Vixen, Comet, Cupid, Dunder et Blixen.

En 1931 l’image du Père Noël est modifié par Coca Cola pour sa campagne de Noël. Haddan Sundblom, un dessinateur de talent, lui donne alors une allure joviale et un visage souriant. Il conserve sa tenue rouge, sa longue barbe blanche et son ventre arrondi.

Publicité Coca-Cola en 1931

C’est cette image que le monde entier a depuis adoptée.

Qu’en est-il des sapins, bûches et autres traditions de Noël ?

Tout d’abord le Sapin !

Cette tradition aurait pour origine les fêtes païennes de Yule (germaniques). On ornait les édifices religieux de sapins et décorations végétales.

En tant que spécialiste des Pays de l’Est je me dois de rappeler que le premier arbre de Noël fut (selon la légende) installé en 1510 sur la place centrale de Riga en Lettonie. Une plaque commémore aujourd’hui l’évènement.

Arbre de Noël à Riga

Les boules de Noël ?

Chez les chrétiens le sapin entre tardivement dans les foyers. On ornait alors le sapin de pommes, symbole du fruit croqué par Eve. Lors d’un hiver glacial dans les Vosges, les paysans furent en pénurie de pommes. Un souffleur de verre eut alors l’idée de créer des pommes en verre soufflé qui petit à petit devinrent des boules de Noël. Dans les pays d’Europe centrale ont décore encore aujourd’hui les sapins avec de magnifiques boules en verre décorées. Elles ornent d’ailleurs les stands des marchés de Noël.

En 1870 la France perd la guerre et de fait l’Alsace et la Lorraine. De nombreux habitants des régions annexées dont des protestants migrent en France et emportent avec eux ces coutumes de Noël.

Et la bûche de Noël ?

Cette pâtisserie s’inspire d’une tradition venant d’Italie et d’Espagne où l’on faisait bruler une bûche dans l’âtre pour éloigner le malheur. Un pâtissier français s’en inspire et crée la bûche de Noël, consommée aujourd’hui principalement dans les pays francophones jusqu’au Québec.

Les Marchés de Noël ?

Historiquement les marchés de Noël ont des origines païennes alémaniques. Ils étaient implantés en Europe Centrale comme en Autriche et en Allemagne ainsi que dans l’Est de la France. Les premières traces des marchés de Noël remontent au XIVème siècle en Allemagne sous le nom de « Marché de Saint Nicolas  ». Le premier document relatant un marché de Noël est daté de 1434, il mentionnait un « Striezelmarkt » qui eut lieu à Dresde. Plus tard, la Réforme de Martin Luther perpétua la tradition en le rebaptisant « Christkindlmarkt » (puisqu’on ne reconnaissait plus les saints). Le marché de Noël de Strasbourg date de 1570, celui de Nuremberg de 1628.

La magie de Noël à Wroclaw en Pologne

Il est donc impossible de départager les deux continents pour la paternité (ou maternité) du Père Noël. C’est un savant mélange de différents folklores, cultures, religions et croyances qui est à l’origine du Papi joufflu le plus attendu du monde !

D’Europe on retiendra le sapin, la bûche, les plus grandes figures folkloriques de Noël.

Des USA nous avons hérité d’un Santa Claus bon vivant en habit rouge, se déplaçant dans le ciel et passant par la cheminée pour déposer des cadeaux.

Il faut toujours rendre à César ce qui lui appartient !

Sur ce je vous souhaite d’excellentes fêtes de Noël… Aussi étrange que soit l’emploi du mot « fêtes » en 2020 !

Je ne résiste pas à l’envie d’intégrer une photo personnelle à cet article. Une valse avec mon grand-père qui était un excellent danseur. Le 25 décembre 1993.

Les couleurs d’effacent, le temps passe mais lui reste mes plus beaux souvenirs de Noël.

Un jour on l’appelle Papi il le reste toute sa vie 😊

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