La Pologne est un pays d’Europe Centrale mal apprécié par les voyageurs et les agents de voyages français. En effet les clichés sont nombreux, nourriture sans saveur qui se limite aux saucisses, choux, patates, manque d’amabilité des polonais, temps gris, pays triste voire pauvre…
Pourtant le tableau actuel est plutôt celui d’un pays qui a énormément changé depuis son entrée dans l’UE en 2004. La Pologne est aujourd’hui une des économies les plus dynamiques d’Europe, un pays en pleine modernisation et une puissance militaire régionale importante. Elle n’est plus du tout la Pologne que l’on pouvait connaître il y a 20 ou 30 ans ou encore celle que j’ai découverte en 1991.

Quand on traverse aujourd’hui Varsovie, Łódź, Wrocław, Cracovie ou Gdańsk, on ne peut que constater cette transformation. Au départ de Paris CDG, la LOT Polish Airlines propose trois vols quotidiens vers Varsovie. A l’arrivée plusieurs solutions s’offrent au voyageur pour rejoindre la troisième ville du pays. On peut prendre un train direct de la gare centrale de Varsovie qui mène à Lodz en 1h20 environ, prendre un bus qui prend environ 1h40 selon le trafic ou louer une voiture (être très vigilant sur les locations de voiture en Pologne, bien vérifier le type de carte acceptée, l’état du permis de conduire… Ce sont les champions pour rajouter des frais au moment de la prise de véhicule pour des raisons parfois farfelues).

Lodz fut ballotée entre la Prusse et la Russie du Moyen-âge au XIXème siècle lorsqu’elle devint alors le fleuron de l’industrie textile. La ville fut construite autour de quatre cultures, polonaise, allemande, juive et russe. Elle est un surprenant mélange de styles architecturaux. Il y en a pour tous les goûts, des palais des magnats de l’industrie textile, aux anciennes usines réhabilitées en passant par la rue Piotrkowska et ses façades Empire, art déco… C’est un enchantement pour les yeux de celui qui apprécie l’architecture. Lorsqu’on s’éloigne de la rue principale, les façades anciennes sont plus dégradées, il y a de nombreux travaux de rénovation des maisons, palais et anciennes usines. La ville est en pleine renaissance depuis dix ans et attire de nombreux étudiants. Elle est donc très vivante et dynamique. Pour ce séjour, rien de très original, c’est au Novotel que nous avons logé. Pratique, bien situé, valeur sûre avec de bons tarifs AGV et selon les chambres une belle vue sur la fresque murale géante de « the Witcher ». La visite de la ville s’est organisée autour de son architecture éclectique, de son passé industriel, de son street art et de sa lourde histoire liée à son ghetto et à la déportation des juifs de Pologne.

Commençons notre découverte de Lodz par la fameuse rue Piotrkowska. C’est l’emblème de la ville qui s’étend sur près de 4 kilomètres. En général on parcourt principalement la partie qui s’étire de la Place de l’Indépendance jusqu’au numéro 152 sur deux kilomètres. A cette adresse on pourra d’ailleurs admirer une superbe fresque maritime qui rappelle le monument se dressant au centre de la place de l’Indépendance. Cette immense artère offre une myriade de styles architecturaux du XIXème siècle. On y trouve des façades colorées empire, art déco, art nouveau, style éclectique, gothique, renaissance, maniérisme… C’est un émerveillement pour les yeux. Ces édifices colorés abritent des habitations, des restaurants, cafés, entreprises, magasins, boutiques, banques. Il est très agréable de s’asseoir pour boire un café et détailler les façades autour, volutes, sculptures, peintures qui méritent bien une pause.

Tout au long de la Piotrkowska il faut prêter attention aux passages de côté qui abritent bien souvent des restaurants de charme à la décoration soignée. Durant cette promenade on croisera également des statues en bronze représentant des personnages célèbres comme le pianiste Arthur Rubinstein, des scènes de vie, des enfants jouant au bord d’une fontaine ou encore l’Ours Uszatek, personnage de la littérature enfantine. La rue se termine en beauté sur la place de l’Indépendance, une place orthogonale, qui posa, au XIXème siècle, les bases d’une métropole commerciale moderne. La statue de bronze de 17 mètres qui s’élève au milieu de la place est un hommage à Tadeusz Kosciuszko, officier polonais qui a participé à la guerre d’indépendance des Etats-Unis et organisé l’insurrection polonaise de 1794 contre la domination russe et prussienne. On comprendra donc pourquoi ce symbole de la lutte polonaise a été détruit par les forces allemandes en 1939 !

Depuis le bas de la rue Piotrkowska, on peut rejoindre l’immense complexe Manufaktura. En chemin, il faut s’arrêter devant le Palais Poznanski (du nom de l’un des plus riches propriétaires d’usines textiles du 19ème) pour en admirer le style néo-renaissance et néobaroque. Aujourd’hui transformé en musée de la ville, il est à visiter en priorité pour la beauté du lieu, l’Histoire de la ville et celle des Grands Hommes qui ont fait la richesse de Lodz. De l’autre côté de la rue, Manufaktura est une ancienne usine textile qui s’étend sur l’équivalent de 40 terrains de foot ! Cet immense complexe est le symbole de la renaissance de Lodz des dernières années. Les bâtiments ont été rénovés, on découvre ici un important centre moderne, c’est le temple de la culture, du divertissement et de la consommation ! On y trouve toutes les grandes marques de vêtements, des cafés, des restaurants. Le Val d’Europe n’a qu’à bien se tenir ! Le serial shopper peut y passer une journée, le curieux une ou deux heures. A chacun son voyage.

La découverte de Lodz continue plus au Nord par les heures sombres de son Histoire. Il est possible de se rendre à pied vers le cimetière juif et l’ancien ghetto mais il faut aimer marcher. Cela permet de traverser les quartiers de la ville un peu moins entretenus et parfois laissés à l’abandon mais aussi des quartiers résidentiels aux constructions modernes et novatrices. Les juifs représentaient un tiers de la population de Lodz en 1939, soit 240 000 citoyens. A l’arrivée des nazis, comme en Allemagne, ils ont été privés de leur citoyenneté, dépossédés de leurs biens et se sont vus imposer l’étoile jaune. Le deuxième plus grand ghetto de Pologne est alors construit, le Litzmannstadt Ghetto. Il fut le dernier à être démantelé. On compte alors 150 000 morts dans les camps, 43 000 dans le ghetto de maladie ou de malnutrition. En 1945 seules 12 000 personnes ont survécu aux nazis. Aujourd’hui pour ne pas oublier toutes ces vies sacrifiées, on retrouve des plaques au sol rappelant par endroit le tracé du ghetto.

Près du cimetière juif, dans le Parc Szarych Szeregow un monument a été dédié au martyre des enfants de Lodz et une exposition photo extérieure temporaire raconte la vie de certains durant l’occupation. On peut également visiter la gare en bois d’où partaient les convois vers Chelmno puis Auschwitz. A quai 3 wagons à bestiaux témoignent des conditions des transferts vers la mort. En face de la gare, dans un tunnel qui s’éclaire au rythme de nos pas, on retrouve les listes des noms de l’époque, quelques photos, des objets ayant appartenu aux déportés. Le cimetière juif à deux pas est le plus grand d’Europe. Il se visite et reste le témoin éternel d’un des plus grands génocides de l’histoire de l’Europe. Là encore on peut passer une heure dans cette partie de la ville ou une demi-journée selon sa sensibilité sur ce sujet. C’est une visite émouvante qui ne s’oublie pas.

L’Histoire plus actuelle de Lodz s’est orientée vers le cinéma. Elle est considérée comme la capitale polonaise du 7ème art. Lodz abrite la prestigieuse école nationale du cinéma fondée en 1948 où ont étudié des réalisateurs tels que Polanski, Wajda et Kieslowski. La ville abrite également de nombreux studios, décors de cinéma, musées du cinéma et accueille le festival international du film de Lodz. Comme à Hollywood, on retrouve la « Walk Of Fame » rue Piotrkowska qui rend hommage aux grandes figures du cinéma polonais.

Fin septembre dernier, nous avons pu participer au festival d’Art Cinétique de la Lumière, « the Light Move Festival ». Une mise en valeur du patrimoine industriel grâce à la technologie et aux arts visuels gratuits et en plein air. Il faut juste supporter les bains de foule car plusieurs centaines de milliers de visiteurs font le déplacement.

Le Street art est également devenu l’une des signatures de la ville de Lodz. On y trouve plus de 250 œuvres au gré de ses déambulations. Les artistes sont polonais et internationaux souvent inspirés par l’Histoire industrielle et multiculturelle de la ville. Parmi les plus célèbres, le portrait monumental d’Artur Rubinstein du brésilien Kobra. Lodz est une ville surprenante, bouillonnante et porte une histoire captivante et mouvementée à l’image de la Pologne.

En trois jours sur place, nous avons parcouru une trentaine de kilomètres à pied. Il faut bien cela pour découvrir les différentes figures de la « Manchester de l’Est ». Du Nord au Sud de la ville, chaque quartier, chaque rue a son charme, son intérêt, son caractère. On s’y sent en sécurité de jour comme de nuit, les rues sont propres, les restaurants offrent une cuisine polonaise riche et savoureuse mais aussi internationale. Les cafés sont décorés avec goût et donnent envie de s’arrêter pour déguster une glace, une herbata, un kawa ou une pâtisserie crémeuse dont les polonais ont le secret (dédicace à Laurent Z !). Lodz est à découvrir toute l’année mais pour profiter au maximum de cette ville, la meilleure période est avril/Octobre puis pour les Marchés de Noël.

En famille nous sommes allés visiter le parc animalier Dobronianka, situé à Dobroń, à environ 30 minutes de Łódź en voiture. On y trouve un mini-zoo avec près de 50 espèces animales dont des alpagas, des chameaux et des kangourous très endémiques de cette région du monde ! En cette période(octobre), le parc aménage une ferme aux citrouilles avec des décors colorés et des espaces photo. Selon les saisons on profite des espaces de détente, des plages aménagées et des activités de loisirs ainsi que des illuminations en hiver. C’est avant tout une sortie familiale axée sur les animaux et les loisirs, plutôt qu’un site culturel. Nous y avons passé un excellent moment, je ne m’attendais pas à cela en arrivant !

Comme je le dis souvent, la Pologne ne se limite pas à Varsovie ou Cracovie. Elle regorge de trésors culturels, naturels, de châteaux forts, de lacs, de montagnes… A chacun de mes séjours en Pologne je découvre de nouvelles villes, des ambiances citadines, campagne ou balnéaires.
Je vous invite à être curieux et à découvrir la Pologne autrement !
